Clara : L’enseignante de mon fils me dit qu’il a d’excellents résultats et qu’il pourrait sauter une classe. Pourtant Théo a l’air bien en classe, ne se plaint pas, ne paraît pas s’ennuyer. Même si effectivement il collectionne les A, j’hésite à le laisser passer directement en CE2.
Virginie : Ma fille Justine (5 ans) a appris à lire en même temps que son frère qui est en fin de CP. Elle connaît certains livres par cœur mais l’enseignant et la psychologue scolaire refusent le passage anticipé sous prétexte qu’elle ne maîtrise pas l’écriture et qu’elle n’écrit qu’en lettres majuscules. Que dois-je faire pour imposer ce passage ?
Comme ces deux mamans, vous êtes nombreux à vous interroger sur le saut de classe. Et vos raisons sont différentes selon votre situation: - vous avez peur d’un passage anticipé en classe supérieure,
- vous souhaitez un saut de classe et vous êtes confronté à un refus de l’école, - vous voulez simplement connaître les modalités à suivre et les conditions à remplir pour que votre enfant soit bien dans sa scolarité.
Voici donc quelques éléments de réponses:
Capacités et maturité
Tout d’abord, sachez que ce n’est pas parce qu’un petit s’ennuie en maternelle qu’il doit forcément sauter une classe. C’est principalement en fonction de ses résultats, de ses capacités et de sa maturité qu’un passage anticipé peut être envisagé. Par ailleurs, même si un enfant présente tous les indices indiquant qu’il pourrait en tirer bénéfice, vous êtes en droit de le refuser si vous considérez qu’il est préférable pour son équilibre de le laisser avec ses camarades de classe.
En effet, tous les enfants – précoces ou non – ne réagissent pas forcément de la même façon. Certains n’ont pas envie de travailler et disent qu’ils s’ennuient, d’autres achèvent leur travail très rapidement et harcèlent la maîtresse pour obtenir des tâches supplémentaires. Ce sont plutôt ces derniers qui seront candidats à un passage anticipé.
Prudence néanmoins: quelques jeunes – à l’image de ceux qui maîtrisent la lecture alors qu’ils ne parviennent pas à tracer des lettres cursives – se focalisent sur un seul type d’exercices et délaissent les activités qui ne leur plaisent pas ou qui ne sont pas valorisées par leurs parents. Or, pour être capable de passer directement au CP, un élève est censé posséder toutes les compétences nécessaires, pas seulement une partie.
Des solutions légales ou non
Du côté de la loi, un enfant peut normalement écourter d’une année les deux cycles qui composent l’élémentaire. Puis en secondaire, il est encore possible de sauter une ou plusieurs classes. Dans la réalité, rien n’empêche un élève qui présente de grandes capacités de passer plusieurs classes, en maternelle d’abord, en élémentaire ensuite, dans le secondaire enfin. Ne rêvez quand même pas! Très peu de « grosses têtes » décrochent le bac à 13 ou 14 ans. En outre, ces derniers se montrent souvent inadaptés au système scolaire et leurs parents sont obligés de prendre des mesures pour les aider: cours par correspondance, scolarisation dans des écoles privées, dans des établissements spécialisés nécessitant parfois déménagement, internat…
Il n’en demeure pas moins que pour la majorité des élèves simplement doués, le passage de classe en classe avec ou non une année d’avance est préférable. Vous préservez ainsi leur enfance, leurs liens avec des camarades, leur vie « tranquille », sans pression.
Laissez faire l’enseignant…
Un enfant capable de sauter une classe sera rapidement repéré par sa maîtresse. Elle ne tardera pas à vous parler de son potentiel, de son besoin de savoir et vous proposera finalement un passage anticipé.
De plus en plus d’enseignants acceptent aujourd’hui l’idée d’avoir des élèves « en avance ». Ils prennent davantage en compte les indices permettant de déterminer si un enfant est apte à passer une classe et s’il en tirera bénéfice. Car n’oubliez pas qu’il n’aura pas suivi le programme d’une année, qu’il devra par conséquent le rattraper, qu’il se retrouvera avec des jeunes qu’il ne connaît pas et qui seront âgés d’un ou deux ans de plus.
La différence de maturité risque de le mettre en difficulté dès lors qu’il essayera de se faire des amis. Les enfants précoces étant réputés pour avoir des problèmes relationnels avec leurs pairs, mieux vaut ne pas détruire le petit groupe de copains avec lequel il se sent bien en lui imposant un passage anticipé.
… et demandez l’avis de l’intéressé
Pour ce qui est du bien-fondé d’un saut de classe, les enfants restent les meilleurs juges. Les uns auront effectivement envie d’avancer plus vite parce qu’ils s’ennuient. Les autres se satisferont d’exercices supplémentaires, préférant ne pas quitter leur classe. D’autres encore craindront de perdre leur statut de « premier » en passant précocement au niveau supérieur.
En cas de refus de l’école
Si l’équipe pédagogique dit non au passage anticipé, demandez-vous pourquoi. Songez que vouloir à tout prix faire sauter une classe à son rejeton peut le contraindre à vivre la suite de sa scolarité sur une corde raide, avec tout l’inconfort que cela comporte. Ne vous entêtez pas: il est inutile de créer des tensions avec le corps enseignant, tensions dont votre progéniture pourrait être victime.
Un enseignant de maternelle qui juge que votre enfant n’a pas toutes les aptitudes pour sauter la grande section n’a pas nécessairement tort. Des bases solides ne suffisent pas toujours à acquérir le programme. Mais son collègue de primaire émettra peut-être un avis différent. Les petits gagnant en maturité entre 5 et 6 ans, il n’est pas rare de voir un passage en cours d’année (par exemple après les vacances de Noël), quand l’instituteur de CP a pu vérifier que l’élève avait parfaitement acquis la lecture ainsi que tous les apprentissages nécessaires à un passage en CE1 sans risque.
Occupez votre progéniture
Si vous n’êtes pas persuadé que le passage anticipé est une bonne chose et si votre enfant ne paraît pas prêt, renoncez à cette option. Demandez à l’enseignant de prévoir plus de travail (exercices supplémentaires, soutien pour d’autres élèves qui ne comprennent pas), recherches pour compléter les cours (exposés, fiches de lecture)…
Lorsque votre rejeton vous répète qu’il s’ennuie en classe, proposez-lui d’autres activités qui l’occuperont en dehors de l’école: musique, sport, langues… Si vos moyens ne sont pas importants et que vous ne pouvez pas financer d’activités extrascolaires, inscrivez-le à la bibliothèque municipale: écumer tous les livres lui prendra bien plusieurs années et vous laissera un peu de répit!
Un développement harmonieux
Soyez particulièrement attentif si votre enfant est diagnostiqué précoce (à l’issue de tests psychologiques – car celui qui est capable de sauter une classe ne possède pas obligatoirement un QI hors norme). Beaucoup de petits « surdoués » se retrouvent en échec dans la mesure où ils se sentent incompris et ne s’impliquent que dans les domaines qui les passionnent: ils ont un vocabulaire de très haut niveau et une orthographe pitoyable, ils refusent d’apprendre certains cours, ils s’opposent à l’enseignant, ils sont qualifiés « d’étourdis », « d’insolents », « de perturbateurs »…
Alors, intervenez. Exigez de votre enfant qu’il soit bon dans toutes les matières, y compris en dessin et en sport. Insistez pour qu’il soigne son écriture, qu’il mémorise par cœur des textes (pour donner éventuellement des représentations théâtrales). En fait, il doit absolument apprendre à fournir des efforts. Cela semble paradoxal au vu de ses facilités. Mais « élever les exigences » réclame du temps (c’est autant de pris sur l’ennui!) et prépare l’avenir. S’il est facile en effet de réussir dans les petites classes et au collège sans travailler, à partir du lycée le simple fait d’assister à un cours ne suffit plus à obtenir un 20/20! Obligez votre progéniture à réfléchir, à se casser la tête pour trouver la solution ou pour s’améliorer dans des disciplines précises. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle s’en sortira dans toutes les occasions!
De toute façon, avoir un an d’avance importe moins que d’avoir de bons résultats et de s’épanouir. Avant d’opter pour le passage anticipé, considérez l équilibre de votre enfant. C’est dans la classe où il sera le mieux intellectuellement et psychologiquement qu’il devra être scolarisé.
En partenariat avec lalettredesparents.com