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Oral du bac: Ne restez pas sans voix… (avril 2006 ) Imprimer
 

Pour sûr, la « tchatche » ça vous connaît. Aucun obstacle ne vous arrête quand il s’agit de discuter avec votre voisin de table ou de vous époumoner des heures durant avec vos copains au téléphone. Impossible de vous « clouer le bec »: vous avez toujours réponse à tout. Pas de doute, avec un tel bagout, les épreuves orales du bac ne devraient être qu’une simple formalité. Sauf qu’il y a un gouffre entre bavarder librement et satisfaire un examinateur qui pose des questions précises!

Contrairement à ce que vous pouvez penser, parler devant un public ou (pire…) un jury ne s’improvise pas. D’ailleurs n’êtes-vous pas le premier à critiquer ceux de vos enseignants qui bégaient leurs cours, ânonnent face au tableau, s’égosillent en partant dans des aigus stridents? Eh bien vous serez confronté au même problème en juin prochain! Alors sachez que l’aisance dont font preuve les grands orateurs n’est pas naturelle. Toute prestation orale se travaille. Surtout pour un examen où il convient de maîtriser, outre le sujet, la voix, le temps imparti, la peur, les interruptions inattendues…

Dans le fond, rien que d’y songer, vous sentez déjà vos cordes vocales se voiler. Il faudra bien pourtant que des sons aussi intelligibles qu’intelligents vous sortent de la bouche le jour J. L’obtention de votre diplôme en dépend.
Quelques « vocalises », un peu de récitation et beaucoup de sérieux: tels sont les trois couplets du tube préféré des heureux bacheliers! À vous de le fredonner maintenant…

Technique

Les meilleures connaissances et le meilleur exposé ne valent rien s’ils sont débités platement, murmurés indistinctement ou « crachés » péremptoirement. Prendre la parole avec l’objectif, sinon de convaincre, au moins d’intéresser son auditoire, n’est pas une mince affaire. Ayez à l’esprit qu’à l’oral, la manière de dire les choses compte pour la moitié de la note. Vous devez par conséquent apprendre à vous exprimer correctement. Cela inclut non seulement de bien placer votre voix mais aussi de faire les bons gestes, d’adopter un comportement approprié, de tenir les justes propos.

Un véritable face à face vous attend. Vous ne serez pas « caché » parmi vos camarades de classe. Vous ne pourrez pas vous retrancher dans le silence ni partir en claquant la porte. Ne soyez pas de ces candidats qui glapissent à tue-tête ou marmonnent dans leur barbe. Songez également à votre attitude. Aucun professeur ne vous pardonnera de traîner les pieds, de mâcher du chewing-gum, de vous affaler sur le bureau, de vous « tripoter » les cheveux… Or, vous le faites sans même vous en apercevoir. Inutile de nier. Comme tout le monde, vous possédez un tic exaspérant, vous éprouvez des difficultés à mettre le ton, vous articulez mal parfois. Heureusement, ces défauts se corrigent au quotidien. Dès aujourd’hui, en toutes circonstances:

1°) Respirez par le ventre plutôt que par la poitrine. Gonflez-le quand vous inspirez, détendez-le quand vous expirez. Cet exercice a des vertus apaisantes, évacue le stress et « aère » l’organisme. Il harmonise votre timbre, atténuant les graves ou les aigus. Il vous garantira un souffle de ténor tant pour les épreuves orales que sportives!

2°) Mesurez et modulez votre débit : au-delà de 60 décibels et d’un mot par seconde en moyenne, c’est trop fort et trop rapide. Habituez-vous à suivre le tempo et le phrasé des présentateurs des journaux télévisés. Abandonnez les occupations bruyantes qui vous obligent à crier (baladeur MP3, abus du portable dans la rue…) de façon à reposer vos oreilles pour parvenir à « baisser d’un ton » d’ici l’examen. À l’inverse, si vous avez besoin d’augmenter votre volume sonore, montez d’un cran celui de la radio et parlez dessus: cinq minutes par jour à ce rythme devraient vous aider à mieux vous faire entendre.

3°) Contrôlez votre regard et vos mouvements en position assise : à défaut de fixer vos interlocuteurs dans les yeux, concentrez-vous sur un point précis (le crâne, le nez, le menton). Plutôt que de croiser les bras sur la poitrine (signe d’introversion), posez-les sur le bureau en tenant un crayon à la main au besoin pour vous donner une contenance. Ne « gigotez » pas sur votre chaise. Ne vous enfoncez pas dans le dossier. Maintenez votre buste droit. Immobilisez vos jambes. Demeurez prêt à vous lever pour aller rédiger une démonstration au tableau par exemple.

4°) Surveillez les termes et le registre de langue que vous employez naturellement. Bannissez toutes les expressions relâchées, familières telles que « ouais », « ben », « chais pas », « hein? », « passe que »; utilisez de préférence « oui », « je l’ignore », « pardon? ». Ne dites pas bêtement « Bonjour ». Selon le sexe des personnes que vous croisez, dites « Bonjour madame » ou « Bonjour monsieur ». Soyez poli sans être mielleux…

Entraînement

Une fois le b.a.-ba acquis, préparez votre « prestation » de la même façon qu’un acteur répète un rôle. Mettez-vous en situation. Au lieu de les relire à voix basse ou de les déblatérer à la file, revoyez vos documents et commentaires comme si vous passiez devant un examinateur. Vous en profiterez pour prendre vos distances avec le cours. Le jury déteste en effet les élèves qui « recrachent » un énoncé général, incapables d’afficher leur autonomie, leur indépendance, leur originalité. Il n’hésitera pas à les pousser dans leurs retranchements lors de la discussion de reprise. « Blindez »-vous en listant les interrogations relativement insidieuses susceptibles de tomber. Dans tous les cas, mémorisez une courte biographie des auteurs et des grands thèmes de votre programme.

N’oubliez pas non plus que vous risquez de vous retrouver le jour de l’oral dans une salle inconnue, sur une très petite table (probablement bancale), où vous plancherez tandis qu’un candidat sera interrogé. Le confort ne sera certes pas de mise! Il convient de vous habituer aux bruits de fond, aux allées et venues, au brouhaha. Testez les bouchons d’oreilles si les rumeurs sourdes vous empêchent de vous concentrer. Vérifiez que vous parvenez à manier vos feuilles, livres et instruments (calculatrice, fichier, carte…) sans avoir à vous étaler sur plusieurs kilomètres. Cherchez le moyen de faire abstraction de l’environnement « hostile » pour optimiser sur votre performance.

D’ordinaire, ce qui pèche est récurrent chez la plupart des élèves:
- mauvaise gestion du temps : lorsque vous êtes trop long, réduisez votre marge de moitié jusqu’à ce que vous vous réajustiez sur un quart d’heure. Faites le contraire si vous êtes trop court.
- mauvaise manipulation des documents (incapacité à se retrouver dans le livre, à indiquer la bonne ligne dans un texte): visualisez « par cœur » les extraits étudiés durant l’année, utilisez des trombones pour marquer les chapitres, pliez les feuilles de brouillon A4 en deux puis inscrivez vos idées en vrac avec les citations en rouge (ne gribouillez jamais sur l’original) à gauche et votre plan à droite.
- mauvaise lecture: mettez le ton (par pitié!), respectez la ponctuation, lisez posément, « interprétez » les passages de théâtre.
- absence de répartie : ne vous laissez pas impressionner par une question.

L’unique solution pour surmonter ces écueils reste la persévérance. Réservez une heure le mercredi après-midi et une heure le week-end pour vous consacrer à vos « répétitions ». La veille ou dans le cadre de vos révisions habituelles, tandis que vous enregistrez vos notions, préparez trois petits papiers contenant des sujets à traiter. Pour le français, imaginez des problématiques différentes de celles proposées par votre enseignant. Pour les œuvres complètes, choisissez des passages non étudiés en classe. Pour les langues, alternez textes récents et texte anciens. Le moment venu, tirezen un au sort. Accordez-vous entre dix et vingt minutes maximum de préparation. Prenez des notes au brouillon, élaborez un plan, ébauchez une introduction. Puis « passez », sans aller audelà du quart d’heure. Vous pouvez procéder seul devant votre miroir, requérir l’avis d’un membre de votre famille ou faire équipe avec un camarade qui vous réclamera éventuellement des précisions à l’issue de votre exposé. Pour finir, écrivez proprement sur une fiche cartonnée, que vous archiverez dans un classeur, le bilan de cette activité. Insistez sur les idées nouvelles qui vous semblent importantes, la trame de votre réflexion, les liens avec la leçon du professeur, les points positifs (minutage respecté, élocution correcte, développement équilibré), les points négatifs (timing dépassé, bafouillages intempestifs, contresens, trou de mémoire). Recommencez chaque semaine, de préférence au sein d’un groupe de 3 à 4 élèves très motivés.

L’instant fatidique…

Il se révèle intimidant. Même les plus décontractés de nature ne sont guère rassurés, perdent leur sang-froid lorsque l’examinateur les bouscule un peu, paniquent parce que le sujet ne leur plaît pas. D’où les deux règles absolues auxquelles vous êtes forcé de vous soumettre: ne faire aucune impasse et vous gendarmer pour axer les révisions sur les textes redoutés. Cela sera toujours plus efficace que de prier pour ne pas tomber dessus.

N’emportez surtout pas vos cours mais vérifiez que vous avez toutes vos affaires: convocation, papiers d’identité, liste officielle, ouvrages en doubles exemplaires, un crayon de papier muni d’une gomme pour écrire sur les brouillons fournis (attention, ils absorbent mal l’encre), un stylo pour signer la feuille d’émargement, quelques feutres de couleur ou « surligners », une petite bouteille d’eau (contre les gorges sèches), des mouchoirs en papier (pratiques pour caler les tables) et une montre.

Optez pour des vêtements discrets, neutres, propres: un jean taille haute et un tee-shirt uni sont acceptables. Évitez les baskets, les survêtements, les logos voyants, les shorts ou jupes très courtes, le maquillage outrancier. Vous êtes libre d’afficher vos goûts bien sûr. Cependant, la sobriété est bienvenue dans l’enceinte des établissements scolaires, y compris pour les profs (peut-être que votre jury en costume adopte le style gothique dans l’intimité).

En attendant votre tour, ne discutez pas tous azimuts avec des camarades dans le couloir.

N’essayez pas de savoir comment est l’enseignant que vous rencontrerez. Vous ne recueillerez que des avis divergents qui vous perturberont. Une fois dans la salle, ne vous fiez ni aux sourires chaleureux ni aux regards assassins. Imaginez que votre examinateur incarne l’épreuve et qu’il n’est là que pour vous aider à réussir. Faites-en votre allié. Saluez-le, présentez-lui votre relevé, demandez- lui la permission de vous installer, ne faites aucune observation en recevant le sujet. Agissez comme si vous deviez donner des explications à un novice. Ne partez pas du principe qu’il a la science infuse. Ne l’assommez pas de mots savants, de formules alambiquées, de sous-entendus.

Employez des expressions simples. Anticipez les reproches en vous excusant si vous ne tenez pas le délai, si vous vous apercevez d’une erreur commise dans votre démonstration. N’hésitez pas à dire que vous ne savez pas au lieu de « faire semblant » de chercher. Sollicitez un indice (« Je n’ai pas bien saisi. Auriez-vous l’obligeance de répéter? »). Ne réclamez jamais votre note. Partez en remerciant (eh oui!) votre interlocuteur.

Et économisez votre salive : pas la peine de raconter en long, en large et en travers votre expérience. Ménagez votre voix pour le jour des résultats. Il vous faudra un sacré coffre pour hurler votre joie, n’est-ce pas?

En partenariat avec lalettredesparents.com



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