Soutien scolaire avec Complétude
Cours à domicile Complétude
 
 
Accueil > Cours particuliers à domicile > Vie scolaire > A l'école

Grosses difficultés au CP : faut-il redoubler ? (juin 2006 ) Imprimer
 

Son CP se déroule mal: il ne parvient toujours pas à lire des phrases simples, confond les mots, mélange les syllabes, écrit péniblement. Pour couronner le tout, tandis qu’à la veille des vacances d’hiver la maîtresse s’était montrée plutôt encourageante malgré les problèmes (« cela va se débloquer »), elle a récemment laissé entendre que les acquis indispensables pour être à l’aise au CE1 n’étaient pas faits (« et il n’y a guère d’espoir que cela se débloque d’ici juin »).
Vous-même, vous n’étiez pas dupe. D’un côté vous redoutiez ce verdict, plaçant d’emblée votre rejeton dans le camp des élèves faibles, en échec. De l’autre, vous l’attendiez presque comme un soulagement: après une année pénible au cours de laquelle il n’a pas suivi grand-chose, votre enfant ne mérite-t-il pas de souffler un peu? Pourquoi pas alors recommencer le cours préparatoire et revenir tranquillement aux bases de la lecture au lieu d’essayer d’avancer trop vite?

Le redoublement au CP en question

Les textes (BO n°39 du 25 octobre 1990 et n° 18 du 2 mai 1991 et décret 2005-1014 du 25 août 2005) qui organisent le primaire en trois cycles (1), précisent les conditions du redoublement:

- il doit être exceptionnel,
- il doit, tant que faire se peut, se limiter à un seul entre le CP et le CM2,
- il doit intervenir de préférence en fin de cycle , soit en CE1 ou en CM2, d’où sa désignation de « maintien dans le cycle ».

Donc, en théorie, le CP ne se redouble pas puisque les apprentissages sont censés s’étaler. Les instructions officielles évoquent également la possibilité de les croiser en fonction des disciplines. Écriture majuscule puis cursive, déchiffrage puis lecture « courante », décompte puis calcul simple s’apprennent entre la grande section de maternelle (GS) et le CE1. Un enfant peut très bien savoir additionner trois chiffres avant d’entrer à la grande école mais ne lire correctement que deux ans après. Malgré tout, 5 % des écoliers font un deuxième CP , le plus souvent avec l’accord voire à la demande des parents.

En effet, le système traditionnel, autrefois organisé autour de niveaux cloisonnés, chacun cantonné à des points précis du programme, continue d’influencer les pratiques enseignantes. D’une classe à l’autre les compétences requises ne sont pas les mêmes et la continuité n’est pas nécessairement de mise. Les instituteurs changent d’année en année, leurs exigences aussi. Si certains prennent en compte les difficultés de leurs élèves et envisagent les acquisitions progressives sur la longue durée des cycles, nombre de leurs collègues ont l’habitude de considérer qu’il faut obligatoirement maîtriser des notions définies avant de passer aux suivantes. Ainsi, aujourd’hui encore, le CP incarne un enjeu majeur.

Cette étape « décisive » de la scolarité reste fondée sur l’idée, logique au demeurant, que l’enfant qui ne sait pas lire à l’issue de son cours préparatoire va « couler » en CE1 puisqu’il ne pourra pas comprendre les consignes des exercices, les énoncés des problèmes de mathématiques, les récits ardus. D’où la proposition classique qui résonne comme une sage décision dès qu’un écolier débutant progresse cahin-caha: « Mieux vaut redoubler ». Pour les enseignants il s’agit de combler les lacunes, de ne pas aggraver le clivage avec les camarades, de fixer le socle de départ. Pour les parents, il s’agit de repartir d’un meilleur pied et de sortir de la spirale du retard accumulé. Or, en dehors des cas « graves » (troubles du comportement, dyslexie, handicap…) induisant une prise en charge spécifique, ces louables intentions n’ont que rarement les résultats bénéfiques escomptés…

Le redoublement : utile ou inutile ?

Les dernières études conduites en la matière tendent à prouver que, tel qu’il est mené en France, le redoublement ne sert à rien . D’après Denis Meuret, chercheur au CNRS: « Parmi deux élèves qui avaient le même faible niveau en fin de CP et qui ont l’un redoublé, l’autre suivi un CE1, celui qui est passé obtient de meilleures performances en fin de CE1 que l’autre en fin de CP, à la même date (…) Celui qui a redoublé obtient des performances identiques au précédent à la fin de son CE1, un an plus tard. On peut donc en déduire qu’il a perdu un an ». Même constat désabusé dans les notes de juillet 2005 de l’IREDU (2). En outre, il est établi que les problèmes dans le secondaire puis la sortie du système scolaire sans diplôme sont majoritairement liés au retard pris entre le CP et le CM2 (3).

Les scientifiques expliquent ce phénomène par le fait que les enfants, même lorsqu’ils n’ont pas saisi les apprentissages premiers, vont préférer s’investir dans des nouveautés plutôt que d’avoir l’impression de faire du « sur place ». Recommencer déclenche, chez les jeunes de 5/8 ans, moins un sentiment d’humiliation (plus perceptible à partir de 9/12 ans) qu’un désintérêt, un renoncement. De plus, la séparation d’avec leurs amis génère souvent une perte des repères sociaux. Elle contribue à un enfermement sur soi ou, au contraire, à une extraversion excessive: soit le redoublant se terre dans son coin, soit il joue les provocateurs. Au total, il perd son envie d’apprendre et, démotivé, « décroche » s’il n’est pas accompagné correctement.

Dans les petites classes, une meilleure réponse que le redoublement serait sans conteste l’organisation d’ateliers de soutien, de séances de rattrap a g e , d ’ u n t u t o r a t i n d i v i d u a l i s é . Malheureusement, bien qu’elle y travaille, l’Éducation nationale n’en est pas encore là. En outre, les enseignants demeurent sincèrement persuadés du bien-fondé de doubler le CP. Ils avancent trois arguments qui se tiennent et sont valables pour quelques élèves:

- ils ont besoin d’une année supplémentaire pour gagner en maturité , en rapidité d’exécution , en autonomie,

- puisqu’ils auront des connaissances préalables, ils seront « en avance » (enfin!) et vivront une valorisante réussite,

- ceux de leurs aînés de même profil qui ont intégré un CE1 sont toujours à la traîne.

Très bien mais… Pourquoi rajouter une année entière quand il suffirait de deux ou six mois? Pourquoi proposer un schéma « à l’identique » alors qu’il n’a pas marché la fois précédente? Pourquoi le passage malgré tout ne s’avère-t-il pas plus concluant?

Pour agir au mieux

Vous voilà bien avancé! Quoi que vous décidiez, votre orgueil est blessé et vous n’êtes pas tiré d’embarras. N’évacuez pas le problème en partant du principe que l’accès au CE1 est « dans la poche ». Certes, comme l’autorise l’organisation en cycles, vous pouvez refuser le redoublement du CP en adressant une lettre au directeur de l’école. Votre enfant sera par conséquent admis dans la classe supérieure (4). Rien ne vous garantit cependant que les choses s’amélioreront. Ne protestez pas en vous raccrochant aux bilans et statistiques cités précédemment. Ils n’affirment pas que le passage élimine les difficultés ni que les élèves deviennent (miraculeusement) « bons ». Ils constatent juste que ces derniers sont plus à l’aise que les redoublants. Autrement dit, en termes de niveau, la progression n’est pas fulgurante. Ne vous voilez pas la face! L’école n’est pas seule en cause: un jeune qui peine en classe peinera toujours s’il se contente du « minimum », s’il n’étudie pas davantage à la maison, s’il ne fournit pas de gros efforts . Aussi injuste que cela paraisse, certains enfants ont des facilités et démarrent sur les chapeaux de roues, d’autres pas…

Reconnaissez de surcroît que vous ne trouverez jamais la solution idéale. Un relatif déblocage ne peut venir que de vous et de votre progéniture. Elle doit accepter (comme ses parents) sinon son redoublement, du moins son décalage (incontournable au cours élémentaire), identifier ses forces et ses faiblesses ou effectuer des « ajustements ».
Car il ne faudrait pas croire qu’un bambin de 6/7 ans n’est pas en mesure de procéder à cette mise au point! Il conviendrait peut-être de lui demander son avis, ne serait-ce que pour l’empêcher de gamberger à mauvais escient.

Ne vous contentez pas de ses évaluations, notes et bulletins. Abordez de préférence:

- ce qu’il comprend / ne comprend pas (association lettres - graphismes - sons notamment),
- ce qu’il aime / n’aime pas (activités, maîtresse, copains, pupitre… inclus : ces détails sont révélateurs),
- ce qu’il éprouve à l’idée de recommencer / de passer,
- ce qu’il espère améliorer / ce qu’il a peur de ne pas améliorer.

Listez les réponses par écrit, ainsi que vos propres réflexions, et discutez-en avec l’enseignant. Ne vous présentez pas un soir au hasard à la sortie des cours. Prenez rendez-vous maintenant de façon à peser sereinement le pour et le contre. Vous avez trois « possibilités ».

1) Non au redoublement:

même si vous ne supportez pas sa simple évocation, ne vous mettez pas en porte-à-faux en exigeant un changement de classe, de maître, d’établissement… Gardez votre calme. Amenez les dessins, jeux (mots croisés, carrés magiques, grilles fléchées) ou exercices « réussis » qui plaident en votre faveur. Sollicitez des conseils de travail. Engagez-vous également à prendre des mesures salutaires (sans dépasser les bornes avec un bachotage exagéré!): stage d’été, professeur particulier, inscription à l’étude jusqu’au 4 juillet…

2) Oui au redoublement :

sous réserve que votre enfant soit en confiance avec l’instituteur de CP, parce que s’il ne l’apprécie pas ou s’il le craint, l’année sera gâchée. N’acquiescez pas pour vous « débarrasser » d’un fardeau. Être d’accord ne vous dispensera pas de programmer quelques « devoirs de vacances ». Prévoyez surtout des occupations en marge de l’école pour la rentrée prochaine afin que votre rejeton ne s’ennuie pas. Ateliers scientifiques, clubs de théâtre ou d’échecs, leçons d’anglais ou d’informatique… seront appropriés pour continuer de stimuler son appétit intellectuel, compenser les « redites » de l’école et fréquenter des camarades un peu plus vieux.

3) Non au passage en CE1:

vous avez parfaitement le droit d’estimer que votre enfant n’est pas prêt. Assurez-vous néanmoins que votre démarche sert ses intérêts. Ne chercheriez-vous pas à l’infantiliser en le maintenant au CP? N’en voulez-vous pas trop? N’oubliez pas que vous ignorez le niveau exact des autres élèves. Ne comparez pas avec les cousins inscrits dans des établissements différents. Sincèrement, du moment que la maîtresse défend la montée de classe, c’est qu’elle « sait » que les capacités sont présentes. Essayez de vous fier à son expérience. Si elle assure le suivi du cours préparatoire au cours élémentaire, elle poursuivra l’avancée du programme dans une sereine constance. Si le relais est pris par un collègue, croyez bien qu’elle « n’oserait » jamais lui envoyer des écoliers mal préparés! Vous avez de toute façon la possibilité de réviser un peu durant les congés estivaux pour vous rassurer.
Allez, haut les coeurs! Ce n’est que le début. Il vous reste largement assez de temps avant le bac pour corriger le démarrage « poussif » de votre enfant. Et même s’il redouble, il ne doit pas en avoir honte, ni vous non plus. À chacun son rythme, à chacun son avenir…

 ————
(1) Les trois cycles du primaire:
- les apprentissages premiers correspondent à la petite section et à la grande section de maternelle,
- les apprentissages fondamentaux regroupent la grande section de maternelle, le CP et le CE1,
- les approfondissements comprennent les dernières années d’élémentaire, CE2, CM1 et CM2.

(2) IREDU, Institut de Recherche sur l’Éducation, Sociologie et Économie de l’Éducation, Le redoublement au cours préparatoire, J.-J. Paul
Th. Troncin, juillet 2005.

(3) DEP, ministère de l’Éducation nationale, note d’information, janvier 2006, www.education.gouv.fr/sateval

(4) Un recours en commission départementale d’appel n’est nécessaire qu’à l’issue du CE1 et du CM2; pour les autres classes, une simple notification écrite réclamant le passage suffit.

En partenariat avec la lettredesparents.com 



Liste des articles

Soutien scolaire, Cours particuliers à domicile Complétude