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A la découverte de la dyslexie (avril 2006 ) Imprimer
 

« Dyslexie »: tout le monde connaît ce mot, sans bien savoir en réalité ce qui se cache véritablement derrière.
La dyslexie touche entre 8 et 10 % de la population, quelle que soit la nationalité, la race, la langue… En revanche, 3 à 4 garçons en sont atteints contre seulement 1 fille.

Pour beaucoup, elle concerne « ceux qui ne savent pas lire », « ceux qui confondent les lettres », « ceux qui sont en échec scolaire »… Mais avant de clarifier cette notion très floue, tordons tout de suite le cou à certaines idées reçues. Si de grands scientifiques sont dyslexiques, y compris parmi les plus connus (Einstein, Edison et Léonard de Vinci), de grands littéraires aussi, comme Andersen. Par ailleurs, un dyslexique peut parfaitement apprendre à lire, à condition de prendre son temps, d’être accompagné et de suivre une méthode adaptée.
Pas question néanmoins de minimiser les problèmes liés à la dyslexie: ils sont réels. Soulignons d’abord qu’il en existe différentes formes, de gravité variable. Elles vont de soucis conséquents, quoique surmontables avec beaucoup d’efforts entretenus sur le long terme, aux « pathologies » lourdes où l’enfant éprouve de grandes difficultés pour accéder à la langue écrite et réclame une prise en charge complète.
Les sciences, avec des outils comme l’imagerie à résonance magnétique (IRM), ont permis de mieux comprendre les causes de la dyslexie, même si toutes les explications n’ont pas encore été avancées. Et connaître ces causes ne suffit pas. Il faut surtout trouver des solutions pour aider les dyslexiques à s’en sortir. Ces derniers sont gênés dès qu’il s’agit de passer le cap de l’automatisation des mécanismes d’apprentissage. Acquise presque « naturellement » chez la plupart des enfants, elle nécessite un travail intense et permanent chez les dyslexiques. Aucun relâchement n’est permis: l’écriture de chaque mot demande une concentration importante! C’est donc à l’école que les écueils vont apparaître en premier. C’est sur ce terrain que parents et enseignants doivent intervenir pour soutenir les jeunes confrontés à la dyslexie.

Les signes qui doivent alerter

Si un enfant présente des blocages semblables à ceux évoqués ci-dessous, le mieux reste de s’adresser au médecin traitant qui pourra demander un bilan orthophonique:

- confusions auditives - visuelles: a/an, s/ch, j/gu, u/ou, p/b, d/b…
- inversions: or/ro, cri/cir…omissions: bar/ba, arbre/arbe…
- adjonctions: paquet/parquet, odeur/ordeur…
- substitutions: chauffeur/faucheur…
- contamination: dorure/ordure, palier/papier…
- syllabes manquantes: semblable/semble…
- découpages arbitraires : l'égume, il sé lance, ilia…

associés à :

- lecture lente et saccadée,
- difficulté à saisir le découpage des mots en syllabes,
- ignorance de la ponctuation,
- fautes de copie,
- mauvaise compréhension des textes.

Un orthophoniste pourra déterminer s'il s'agit d'une véritable dyslexie ou d'un simple trouble passager de l'apprentissage. Car il ne faut pas confondre! L’intervention ne sera pas la même. D'autres examens peuvent au besoin être proposés, tels ceux de la vue ou de l'audition.

Le dépistage avant tout

Pour comprendre pourquoi un enfant rencontre des ennuis en classe, il convient de mettre un nom dessus de manière à éviter l'installation de l'échec. Il est possible de « dépister » une dyslexie avant même l’entrée au CP: retard de langage, difficultés pour repérer son nom et pour l'écrire en maternelle…
Une prise en charge immédiate par un orthophoniste est indispensable pour lui apporter un soutien précieux qui lui évitera la trop grande douleur de l’échec. Sinon, l'enfant se détournera de l'écrit et de l'école d'une manière générale (toutes les matières ont besoin du langage écrit), ce qui risque d'induire une lourde inadaptation socioprofessionnelle. Un simple bilan peut suffire à diagnostiquer une éventuelle dyslexie.
Si elle est avérée, le suivi sera long (parfois jusqu'à l'adolescence) mais efficace en fin de compte. Il faudra faire preuve de patience. Les types et l'intensité des dyslexies sont variés et peuvent induire une prise en charge lourde qui sera conduite par différents thérapeutes:
- un orthophoniste pour une remédiation du langage,
- un psychomotricien pour les problèmes spatio-temporaux,
- un psychologue pour éviter les souffrances.

Chacun de ces spécialistes intervient à un moment donné. Une dyslexie légère nécessitera une simple rééducation orthophonique qui s'étendra tout de même sur du long terme. Dans les cas les plus graves, l'intégration d'une structure spécialisée sera peut-être nécessaire pour intensifier les diverses rééducations dont le jeune a besoin et qu'il n'est pas simple de « caser » dans des journées d'école. Celles-ci exigent en effet du temps, des disponibilités (notamment des parents pour se rendre chez les thérapeutes) et induisent de la fatigue chez l'enfant.

La neurologie décrypte la dyslexie

Les avancées scientifiques dans les domaines des neurosciences et de la neuropsychologie ont permis de mieux comprendre les mécanismes en jeu lors de la réception, de l'intégration et du traitement des informations linguistiques lors des activités langagières. La dyslexie résulte de dysfonctionnements des circuits et des réseaux spécifiques du langage, sans incidence sur l'intelligence à proprement parler. Certains troubles ont encore été repérés dans des fonctions permettant l'acquisition et l'utilisation du langage comme l'attention, la mémoire, la notion d'espace, de temps, le séquençage, l'abstraction… Si des facteurs pathologiques (prématurité, souffrance néonatale…) entrent en jeu, la dyslexie est plus souvent due à des anomalies génétiques ou hormonales altérant le développement de l'équilibre et la répartition de diverses fonctions concourant au langage écrit.
Selon la façon dont fonctionnent les réseaux neuronaux, les perturbations seront plus ou moins importantes. Nous savons en outre que l'environnement psycho-familial et socioculturel peut freiner le développement des mécanismes langagiers; un enfant dyslexique qui ne bénéficierait pas de bonnes conditions se trouverait doublement gêné. Il est clair par conséquent que la dyslexie est due à des dysfonctionnements présents dès les premiers jours de la vie provoquant des perturbations des mécanismes fondamentaux du langage écrit, et que ce n'est pas l'environnement qui génère les difficultés mais qu'il les aggrave.

Problème psychologique ?

La dyslexie est fréquemment associée à des troubles psychologiques: repli sur soi, mauvaise image de soi, trouble du comportement (élève perturbateur, enfant insolent…). Dans ce contexte, certains ont envisagé que la dyslexie résultait de troubles psychologiques. En fait c’est tout à fait le contraire: c’est la dyslexie qui induit les troubles ! Parce qu’il est bien sûr difficile pour un jeune de comprendre et même de supporter de ne pas y arriver là où tous ses camarades réussissent facilement. Pourquoi échoue-t-il ? Alors que parents et enseignants lui « mettent la pression » sur la lecture, il ne parvient pas à lire, ne reconnaît ni les lettres ni les mots…
Si la dyslexie d’un jeune n’est pas décelée à ce moment-là, si personne ne lui explique les raisons de son incapacité ou – pire – si son travail et ses compétences sont dépréciés, l’enfant va tellement souffrir qu’il s’inventera des techniques de défense. Or, c’est rarement les bons moyens qu’il choisit: au lieu d’essayer de remonter la pente, il s’enfoncera davantage, entretenant le déni ou l’agressivité. Sachant cela, les adultes de son entourage ont intérêt à cultiver des trésors de compréhension. Ils doivent tout faire pour éviter de gâcher ses chances de se remettre dans la course pour la réussite.

Comprendre les mécanismes de la lecture

Apprendre à lire prend du temps aux enfants, beaucoup de temps aux dyslexiques. Il n’est pas forcément nécessaire de redoubler le CP ou le CE1. Toutefois, les soirées seront très longues lorsqu’il s’agira de reprendre chaque soir à la maison les différents sons étudiés en classe durant la journée. Il faudra revoir de même tous les sons pas encore acquis, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune hésitation. Il est indispensable que les dyslexiques maîtrisent les sons associés aux syllabes. Tant pis si au départ ils éprouvent des difficultés pour lire des mots complexes. Par contre, ils auront à travailler en parallèle sur le découpage des mots en syllabes de façon à ce qu’ils puissent ensuite les déchiffrer.
L’idée est de comprendre que le mot se constitue de syllabes qui correspondent chacune à un son donné et que ce son entendu correspond lui-même à une écriture lue. D’où l’importance aussi d’insister sur l’ oral. Les enfants doivent parler convenablement: ne pas « avaler » les syllabes, s’exprimer lentement, associer ce qu’ils entendent et ce qu’ils lisent. La tâche se révèle ardue, mais porte ses fruits petit à petit grâce à des exercices quotidiens: révision de quelques syllabes, lecture syllabique des mots, lecture d’ensemble et interprétation du sens.
Après l’acquisition des bases, continuer de lire souvent s’impose. Les dyslexiques vont progresser en multipliant les lectures simples qui encouragent le déchiffrage: des mots au départ (sans les associer à des images qui incitent à deviner plutôt qu’à lire), puis des phrases et des histoires très courtes. Ce passage par le déchiffrage étant long et laborieux, calme et patience sont de rigueur! L’important est surtout de ne pas brûler les étapes: les enfants doivent prendre confiance en eux et donc ne jamais se trouver en situation d’échec. À cet effet, les parents et les instituteurs sont priés de collaborer pour proposer une pédagogie différenciée au sein de laquelle il est possible d’avancer à son rythme. Ce principe n’est pas évident à mettre en place. Il requiert de la bonne volonté et de l’expérience car fonctionner en groupes de niveaux par exemple demeure complexe. Toutes les écoles ne sont pas équipées pour, toutes les équipes éducatives ne sont pas armées pour intervenir correctement…

Des difficultés persistent

Saisir et maîtriser les mécanismes du déchiffrage ne résout pas tout. Des problèmes demeurent, principalement en ce qui concerne:
- les automatismes qui permettent une lecture fluide, une meilleure compréhension des textes. C’est ce qui fait défaut aux dyslexiques, tout au moins dans leurs premières années d’apprentissage. Pour ne pas les dégoûter de la lecture, les enseignants pourront leur proposer des lectures plus courtes. Quant aux parents, ils peuvent les amener à aimer les livres en leur faisant la lecture le soir, en les associant à cette lecture (leur faire lire la première phrase du paragraphe ou une ligne sur deux). Pour s’assurer qu’ils comprennent les sens des textes, il faut poser des questions faciles et les guider en lisant à haute voix.
- l’écriture: la dysorthographie est souvent un corollaire de la dyslexie. C'est une des caractéristiques qui risque de persister même si l'acquisition de la lecture a pu se faire. Dans les petites classes, elle se détecte par des lettres écrites à la place d'autres (ch à la place de f), par des contractions de mots (jème pour j'aime), ou même par des mots écrits pour d’autres simplement parce que les structures sont identiques (même lettre au début - même nombre de syllabes). Là encore, c'est par la pratique et une attention soutenue que les dyslexiques élimineront une partie de leurs erreurs. Qu’ils se constituent un répertoire de mots, qu’ils se dictent les mots syllabe par syllabe, qu’ils fassent une dictée courte chaque jour (une ou deux phrases) pour prendre de bonnes habitudes. Et qu’ils se relisent systématiquement pour supprimer un maximum de fautes sur leurs copies: première lecture pour vérifier le sens, deuxième lecture pour appliquer les règles d’orthographe et de grammaire (à mémoriser sur le bout des doigts). En faisant très attention, ils peuvent obtenir des résultats proches de ceux des autres élèves moyens de leur classe.
- l'apprentissage par cœur gêne les dyslexiques. Leur compréhension n'est pas en jeu ici. Mais restituer un texte sans modification semble audessus de leurs capacités. Ce blocage a des répercussions sur l’acquisition du vocabulaire des langues étrangères quand des listes de mots sont à apprendre. Un des moyens pour contourner cet écueil est de travailler sur des phrases entières qui, étonnamment (peut-être que le sens concret facilite l’assimilation), semblent poser moins de problème. Pour une dizaine de mots à retenir, il suffit de former des petites phrases basiques.
Il ne faut jamais renoncer. Il faut garder confiance, rester optimiste. De nombreux dyslexiques découvrent le plaisir de la lecture au final, même à l’âge de 15, 20, 30 ans… Sans être des dévoreurs de livres, ils sont capables d’achever un roman en l’espace d’une semaine. Ils découvrent enfin la joie de lire, en dehors de toute pression scolaire.

Dyslexie = handicap ?

La dyslexie peut être considérée comme un handicap quand les difficultés sont importantes – à ce titre, certains dyslexiques bénéficient d'un tiers temps aux examens. Cependant, malgré des différences de structure cérébrale, elle n’a aucune incidence sur les capacités intellectuelles.
Effectivement, si les dyslexiques – enfants puis adultes – présentent des soucis durables d'apprentissage de la lecture et de l'orthographe, ils se caractérisent par:
- un niveau intellectuel normal (la proportion de dyslexiques parmi les intellectuellement précoces est la même que pour les autres catégories),
- une absence de troubles psychologiques primaires.
Hors de question de parler de handicap mental! Toutefois, des facteurs psychologiques, linguistiques, socioculturels aggravent à l’occasion les troubles: parents dans l’incapacité d’aider leur enfant, trouble psychologique masquant la dyslexie (qui passe alors inaperçue). Beaucoup de critères sont à considérer…

Les résultats des remédiations

Si les troubles de la dyslexie et de la dysorthographie ne disparaissent jamais totalement, il est possible de les réduire grâce à une bonne prise en charge et à un soutien psychologique de la part de l’entourage (à la maison et à l'école). Une faiblesse en écriture n’interdit pas de poursuivre jusqu’aux études supérieures, à condition tout de même de privilégier les filières où l'écrit ne joue pas un rôle primordial. Mieux vaut se tourner vers les sciences, les arts et les cursus manuels. En parallèle des thérapies (orthophonie et autres), les dyslexiques ont besoin d’être poussés, encouragés à « se donner à fond » et à ne jamais baisser les bras. Cette éducation à l' effort personnel est essentielle car ils devront toujours être vigilants, notamment à chaque fois qu'ils écriront, et ce, tout au long de leur vie. Ils en sont capables alors insufflons-leur cette force de caractère qui leur permettra de surmonter tous les défis qui se présenteront à eux au cours de leur vie!

En partenariat avec lalettredesparents.com



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