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Lecture : un coup d’arrêt à la méthode globale (février 2006 ) Imprimer
 

M. Gilles de Robien a décidé de supprimer définitivement la méthode globale ainsi que toutes celles qui l’utilisaient de manière plus ou moins déguisée. Normalement, dès la prochaine rentrée, aucun enseignant ne devrait plus se servir de la méthode semi-globale actuellement pratiquée dans une très grande majorité de classes de CP.

Quel bilan ?

Rappelons que la méthode globale a fait son entrée dans l’enseignement en 1970. Pendant une décennie, elle a provoqué un désastre chez les écoliers. Un retour en arrière a été amorcé quelque 10 ans après avec l’apparition de la méthode semi-globale associant la méthode globale d’une part, la méthode syllabique d’autre part. Et bien que les résultats obtenus ne soient guère meilleurs, elle a perduré jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, son influence sur les problèmes de lecture, d’orthographe, de grammaire… demeure difficilement quantifiable puisque, dans la même période, les horaires consacrés au français ont fondu comme neige au soleil et la façon d’enseigner a considérablement évolué.

Par ailleurs, revenir maintenant à la méthode alphabétique/syllabique ne signifie pas revenir aux anciennes pratiques. Il s’agit plutôt de proposer la méthode qui semble la plus adaptée à la majorité des enfants.
En effet, ne jetons pas trop vite le bébé avec l’eau du bain: la méthode globale permettait à une partie des élèves d’apprendre à lire et à écrire. Malheureusement, elle laissait pour compte l’autre partie qui n’arrivait pas à intégrer le système de la lecture et de l’écriture.
Or, les « lecteurs » se répartissent généralement ainsi dans une classe de CP: 2 ou 3 enfants lisent correctement dès le mois de décembre tandis qu’à la fin de l’année 1/3 connaît les bases, 1/3 ne les maîtrise pas totalement et 1/3 éprouve de grandes difficultés.
Ce sont les élèves du dernier tiers qui causent le plus d’inquiétude car très peu arrivent à rattraper leur retard dans ce domaine : nous retrouvons plus de 15 % d’enfants en grande difficulté à l’entrée de sixième et 30 à 40 % en ZEP (zone d’éducation prioritaire); le pourcentage des jeunes ne maîtrisant pas du tout la lecture après 5 ans et plus d’apprentissage atteint 4 %.

Les raisons de cet échec sont recherchées depuis longtemps: pas assez d’heures de cours, écrit négligé, méthodes inappropriées... Selon le ministre du moment, de nouvelles options sont prises comme le retour de la copie, de la dictée, de la méthode syllabique… Tous les ministres ont fait de la maîtrise du français une de leurs priorités. M. Gilles de Robien a choisi de tirer un trait sur la méthode globale (et ses cousines). En vérité, cela ne changera rien pour les élèves qui réussissent bien: il a été démontré que la méthode, globale ou syllabique, n’avait aucune influence sur leurs performances. Par contre, les enfants plus fragiles auront peut-être un espoir pour progresser.
Malgré l’absence de réelles garanties, le ministre de l’Éducation espère parvenir ainsi à faire baisser le taux d’échec de manière significative. Son objectif est de réduire le pourcentage d’enfants en difficulté en lecture au niveau de la sixième, au moins dans un premier temps.

Comment apprend-on à lire… avec la méthode globale ?

Même s’ils sont appelés à disparaître, il est important de revenir sur des principes pratiqués depuis plus de 35 ans. La méthode globale part de l’idée que les mots écrits sont perçus dans leur ensemble, mis en mémoire sous leur forme graphique et reconnus lorsqu’ils sont rencontrés à nouveau. L’enfant découvrira le code alphabétique de la langue en comparant les sons entendus dans différents mots avec les formes vues. C’est à lui de remarquer les similitudes entre les phonèmes (sons) et les graphèmes (signes) susceptibles de les représenter.

Avec la semi-globale

C’est une variante de la méthode globale à laquelle est associée une méthode syllabique.
Selon le livre utilisé et l’enseignant concerné, cette dernière est plus ou moins présente et surtout intervient à n’importe quel moment de l’année. Habituellement, elle était abordée en janvier, au retour des congés de Noël. La tendance actuelle est à l’introduction simultanée et parallèle des deux méthodes.
Généralement, les leçons présentent un texte accompagné d’exercices de méthode globale (repérage de motsétiquettes) et de quelques lignes de méthode syllabique (étude d’une sonorité significative rencontrée dans le texte).
Si en classe la maîtresse peut insister sur l’apprentissage des syllabes, ce n’est pas une méthode syllabique pour autant puisque l’élève ne suit pas l’intégralité de la démarche (voir ci-après) et se retrouve confronté en permanence à des mots qu’il est incapable de déchiffrer. Or, le simple fait d’être bloqué face à ces mots inconnus peut perturber la « machine à apprendre » et provoquer des dégâts aussi néfastes que durables sur les enfants qui n’arrivent pas à lire avec cette méthode et qui perdent confiance.

Le but de l’enseignement de la lecture et de l’écriture est de faire prendre conscience du rapport qui existe entre des graphèmes (associations de lettres) et des phonèmes (sons).
Avec les méthodes globales et semi-globales, l’enfant doit le déduire par lui-même, avec l’aide de l’enseignant quand il n’y parvient pas naturellement. C’est ce passage de la forme globale d’un mot au repérage des syllabes qui le composent qui pose problème à de nombreux élèves. De plus, ils ne comprennent pas toujours le changement de méthode qui s’opère en cours d’année. D’abord on leur demande de repérer un mot, d’apprendre par cœur une phrase; ensuite on leur demande de rechercher des éléments communs sans se préoccuper du sens… Ceux qui s’étaient arrêtés à un apprentissage purement auditif sont rapidement perdus. La faute n’incombe pas forcément à l’enseignant mais au procédé qui est trop complexe, trop changeant pour des enfants qui présentent des difficultés d’apprentissage. Dans le meilleur des cas, les élèves sollicitent de manière importante leur mémoire pour retrouver les mots d’où sont tirées les graphies et identifier le phonème associé. Quant aux dyslexiques qui n’arrivent pas à repérer les graphies, qui n’associent pas aisément les lettres/sons, cette méthode est quasi inhumaine pour eux.

Avec la méthode syllabique

La méthode alphabétique ou syllabique (il existe quelques nuances selon l’appellation) constitue une solution pour les élèves qui jusque-là se trouvaient en échec. C’est d’ailleurs celle qu’utilisent les orthophonistes qui reçoivent en masse dans leur cabinet tous les enfants que les enseignants voient perdre pied. Elle est également employée par les associations qui se chargent de réapprendre la lecture aux jeunes adultes sortis du système scolaire sans avoir réussi à maîtriser la langue française.
Plus contraignante, car elle impose de respecter un planning précis pour arriver au but, elle représente la seule alternative pour les enfants dyslexiques, dysorthographiques, et tous ceux qui se sentent perdus… Appliquée sans couplage avec la méthode globale, elle fonctionne mieux.

Préférer la méthode syllabique semble logique puisque notre langue est écrite sur la base d’un alphabet. Celui-ci permet de transcrire les sons élémentaires (phonèmes) sous forme de groupes de lettres et à l’inverse de retrouver les sons associés à une syllabe pour pouvoir la lire. Voilà qui serait facile si un même son était associé à une seule graphie. Malheureusement, c’est loin d’être le cas en français. Par exemple, le son « o » peut être orthographié « o », « au », « eau ». Un graphème peut se prononcer de différentes façons en fonction de ses associations avec d’autres lettres comme le « c » qui peut se prononcer « qu », « s », « ch ». Et plutôt que de demander aux enfants de retrouver par eux-mêmes ces phonèmes et graphèmes, la méthode syllabique leur en donne les clés, en allant du plus simple au plus compliqué. Les élèves apprennent donc au fur et à mesure les diverses combinaisons des lettres.

Le projet est de les amener à lire en fin de CP la plupart des mots (à l’exception des mots étrangers qu’ils devront découvrir par la suite) qu’ils rencontrent. Tout commence par les voyelles auxquelles sont associées des consonnes. Dans les premières semaines, les enfants étudient les « l », « m », « p » pour former la, le li, lo, lu, ly, ma, me, mi, mo, mu, my, pa, pe… L’activité de lecture se concentre sur des syllabes, des mots simples qu’ils peuvent déchiffrer sans écueil. Il n’est absolument pas question de leur demander de lire des mots qui sont composés de lettres ou de sons qui n’ont pas été travaillés. Les lettres muettes sont soulignées pour faire remarquer qu’elles ne doivent pas être prononcées. Très rapidement apparaissent des phrases avec du sens, quitte à introduire quelques mots en lecture globale, comme « dans » « est »… Leur nombre n’allant pas au-delà de dix.

La méthode comporte plusieurs stades:
- 1) déchiffrage des mots,
- 2) lecture courante fluide grâce à des lectures répétées qui permettent d’automatiser le déchiffrage. Le cerveau repère les graphèmes et y associe rapidement un son. Cette « automatisation » est un moment crucial de l’apprentissage,
- 3) compréhension, qui consiste à donner du sens aux mots, aux phrases.
Tout repose sur un apprentissage normé, pas une intuition. Un enfant qui est allé régulièrement à l’école et a suivi attentivement les leçons ne devrait pas peiner. Celui qui éprouve des difficultés doit en revanche être rapidement pris en charge: il a besoin d’aide pour mémoriser. Les parents peuvent participer ici en lui faisant relire à haute voix les syllabes apprises, en lui faisant faire des dictées de sons.

L’avantage de la méthode syllabique est que les jeunes savent ce dont il est question. Les choses ayant déjà été abordées, elles n’ont qu’à être travaillées régulièrement. Une intervention rapide, au moindre signe d’essoufflement, évite ainsi les échecs. Autre avantage: cette méthode permet de fixer l’attention des élèves sur la structure des mots, sur la façon dont ils sont écrits; en mettant en évidence les particularités de l’orthographe, elle contribue par conséquent à son acquisition.

Nous constatons au final que les enseignements connaîtront obligatoirement des modifications considérables. Les ouvrages disponibles dans les écoles, fondés sur la méthode semi-globale, qui part du texte pour revenir au mot, ne pourront pas être utilisés à la prochaine rentrée parce que les enfants ne devront plus être mis en présence de mots qu’ils ne sont pas en mesure de déchiffrer. La méthode syllabique à l’inverse part de la lettre, de la syllabe, pour arriver aux mots et former des phrases.

Le changement annoncé ne se fera pas sans grincement de dents, même si les méthodes globales et semi-globales ont régné pendant 35 ans sans avoir fait leurs preuves. La méthode syllabique n’a peut-être pas connu que des succès mais son retour remonte le moral de certains. En outre, il faut bien la tester pour ensuite la critiquer ou l’améliorer. De toute façon, à une période où l’obtention d’un diplôme demeure fondamentale, le nombre d’enfants ne maîtrisant pas suffisamment la langue française est trop élevé pour que nous ne tentions pas de faire évoluer les choses. Et c’est certainement en primaire qu’il convient d’agir plutôt qu’au collège où il est difficile de « colmater » les dégâts.

En partenarait avec lalettredesparents.com

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